La forêt royale de Ste Croix


La forêt de Ste Croix-Volvestre, appelée « Forêt Royale » est un vaste ensemble forestier situé au Sud Est de cette commune. Elle s’étend sur le flanc Nord des « quères » de Tourtouse et de Fabas, sur près de 300 ha ; elle pousse sur des terrains gréseux de la fin du secondaire, elle est balayée par les vents d’ouest qui lui apportent une bonne pluviométrie.
Cette forêt comporte deux parties, l’une appartenant à l’Etat : c’est la Forêt Domaniale (104 ha), divisée en différents lots et gérée par l’O N F, ouverte au public dans le respect de l’environnement, l’autre partie qui est privée comprend différentes parcelles appartenant à des particuliers.


Cette forêt a un passé historique très riche, au fil du temps elle est passée entre les mains de différents propriétaires.
- Au Moyen âge la forêt de Ste Croix appartenait au Comte de Tersac.
- Le 12 février 1263, par un acte de donation Gentille de Tersac cède 240 arpents de cette forêt (soit 130 ha) au Prieuré féminin de Ste Croix, prieuré placé sous l’ordre de Fontevraud et administré par une abbesse. Elle reste ainsi sous la tutelle des religieuses jusqu’à la Révolution, qui en font semble t-il bon usage Elles gèrent la forêt raisonnablement, l’exploitent tout en permettant sa régénération ; elles permettent aux paysans d’exercer leurs droits d’usage tout en protégeant la forêt des pillages intempestifs.
- En 1667, la forêt de Ste Croix reçoit la visite de Louis de Froidour de Cérisy, celui-ci est nommé par Colbert, intendant de la grande Maîtrise de Toulouse. Il est chargé d’établir, conformément au Code Forestier, un état des lieux, pour entreprendre la « Réformation des Forêts » De Froidour observe avec grand intérêt cette forêt, « … c’est la première forêt que j’ai vue plantée de sapins. J’ai eu grand plaisir à voir cette sorte d’arbres hauts de soixante, quatre-vingt et cent pieds, droits comme des flèches et sans branches qu’au houppier. Ces arbres ne viennent que dans des lieux froids et humides, que de semences. »
- A la révolution, au moment de la confiscation des biens du clergé, la forêt de Ste Croix devient un bien national, elle comportait alors 174 ha, elle est à ce moment là quelque peu pillée par les paysans, ils l’utilisent pour faire paître leurs animaux,, les jeunes pousses étant broutées par les moutons et les chèvres, la régénération de la forêt se fait mal.
- Le nom de forêt Royale date de la Restauration, la forêt appartient à ce moment là aux Rois de France (Louis XVIII puis Charles X), elle est surexploitée et fournit de belles pièces de sapins et de chênes.
- En 1856 sous le Second Empire la forêt fût vendue en totalité à des particuliers avec les droits d’usage qu’elle comportait. Ces droits tels que le droit d’affouage de pacage de glandée… étaient très anciens constituaient un moyen de subsistance pour les paysans. La forêt à cette époque exploitée à outrance était « ruinée ». Le « Cantonnement » de la forêt permit de limiter les droits d’usage, ils ne pouvaient s’exercer désormais que sur la partie communale ainsi constituée.(98 ha avec 17 ha de pâturage).
- La situation perdura jusqu’en 1970, date à laquelle la municipalité de Ste Croix revend la partie communale à l’Etat qui achète quelques autres parcelles à des particuliers et constitue la Forêt Domaniale actuelle comportant 104 ha.


La forêt de Ste Croix est une curiosité de la Nature, située à l’étage collinéen (325 à 470m) elle comporte des sapins pectinés qui poussent normalement dans la zone montagnarde (au dessus de 1000 m). Cette constatation a intrigué bien des forestiers ainsi que des scientifiques.
Un grand débat s’est posé :
« Le sapin pectiné est-il d’origine naturelle ou a-t-il été planté ? »
Une étude menée de 2009 à 2012 par le P N R, faisant intervenir des organismes tels que l’INRA de Montpellier, le département GEODE de la faculté de Toulouse Mirail, l’ONF, le CRPF…a donné lieu à une véritable enquête policière !
Des recherches A D N ont été entreprises sur les sapins pectinés des Pyrénées, elles ont permis d’identifier trois souches, celle de la Forêt de Ste Croix s’apparenterait à la souche orientale des sapins pyrénéens. La différenciation des souches s’est faite lors de la dernière glaciation ; les sapins ont migré dans des zones plus clémentes appelées « zones refuge » ; à la déglaciation la reconquête du territoire s’est faite avec des espèces légèrement différentes.
Des méthodes d’investigation modernes telles que la sédimentologie (étude des sédiments) ont permis de faire parler le sous sol de la forêt de Ste Croix. L’analyse méthodique des différentes couches de sous sol élargit le champ des connaissances. Grâce à l’anthracologie (étude des charbons de bois) ou à la palynologie (étude des pollens fossiles), on sait maintenant que le sapin pectiné était déjà présent dès le néolithique. L’examen des palynologrammes (diagramme d’évolution des pollens) donne des précisions sur l’évolution des différentes espèces végétales ayant colonisé la Forêt de Ste Croix au fil du temps.


Les conclusions de ces diverses études sont bien convergentes :
« La sapinière de Ste- Croix- Volvestre n’est pas une anomalie, mais un isolat, témoin d’une répartition ancienne beaucoup plus ample. » tel que l’affirme Jean Paul Métayer. prof de l’Université de Toulouse le Mirail
Promenade reposante dans la hêtraie de la Forêt de Ste Croix Volvestre
Un sous-bois humide et frais dans la sapinière de la forêt Royale, peuplée de sapins pectinés

 

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